Fake news : le phénomène politico-médiatique qui envahit l’espace public mondial.

Si le terme semble être popularisé, et de plus en plus usité durant les deux décennies des années 2000, il demeure difficile de le définir. Aussi, à partir des données d’un article de  recherche intitulé « Fake News as a Social Science Concept », rédigé par le docteur Julien Giry, essayons de mieux cerner le sujet et les enjeux qui y sont liés.

Les situations de crise comme circonstances favorables au développement des fake news

La pandémie actuelle correspond aux circonstances dont parle l’auteur permettant d’observer la prolifération des fake news. Les fake news sont définies comme de fausses informations, très prolifiques en période de crise, entrant en compétition avec les informationsdiffusées par les professionnels de l’information et les autorités publiques. Aussi, pour la Covid-19, les contestations relatives aux statistiques sur le nombre de morts, au traitement à suivre et même à l’origine de la maladie prolifèrent. Ces remises en question sont destinées à décrédibiliser les informations officielles émanant des autorités sanitaires.  Cependant, contrairement à ces dernières, aucune étude n’a été à ce jour associée à ces affirmations corroborant ainsi la véracité des critiques à l’encontre des informations officielles. L’auteur remarque tout de même que les fake news suscitent encore plus l’engouement des internautes qui en sont les principales cibles. Le caractère sensationnel, qui prend à contre-courant l’ordre établi de la diffusion d’informations, est la clé. Le gate-keeping, est le terme exact employé. Il s’agit de l’attrait que les citoyens ont pour les informations provenant de ceux qui osent remettre publiquement en question l’avis d’experts via les canaux numériques de diffusion de l’information.

Comment se diffusent les fake news ?

La toile semble être le principal canal de diffusion des fake news. La vitesse de diffusion, le nombre d’internautes en constante croissance et les difficultés à contrôler la véracité des informations qui y sont diffusées sont autant de facteurs permettant la prolifération de ces dernières. Illustrant cela à travers les élections présidentielles américaines de 2016, l’auteur fait remarquer l’occurrence de l’emploi du terme par Donald Trump durant sa campagne. A chaque fois qu’une critique est lancée à l’encontre ce dernier, il qualifie automatiquement les allégations du camp adverse de fake news. Une pratique qui semble être également employée par ses « followers » puisque les termes les plus récurrents sur la toile lancés contre la candidate Clinton sont « mourante », « une démente », « psychotique », « un robot », « une reptilienne » et même la complice d’un réseau pédocriminel. Il n’est même pas nécessaire de s’attarder à vérifier l’exactitude des informations tellement certaines sont fantaisistes et impossibles à vérifier. Cependant, ces fake news ont atteint un public très large.De plus, la même année, le terme fake news est désigné comme mot de l’année par le dictionnaire Collins.  Aussi, ce qui était considéré comme un  terme banal, est devenu un vrai sujet de préoccupation tant pour les experts et spécialistes de l’information que pour le citoyen lambda. Notons également que des personnes se professionnalisent dans leur diffusion pour ne citer que les blogueurs stars, les influenceurs ou encore les leaders conspirationnistes.

A qui profitent les fake news ?

Loin d’être de simples rumeurs et fausses informations destinées à créer des troubles dans l’espace public, les fake news ont pour vocation de servir les intérêts de leurs sources. Les sites de « ré-information » sont spécialistes dans ce domaine. Dans les démocraties occidentales, des personnalités comme P. Horner ou A. Jones s’en donnent à cœur joie et assument officiellement ce statut. En Europe, Panamza, Égalité & réconciliation ou Riposte laïque sont des exemples concrets de sites prenant à contre-courant systématiquement les informations officielles. Pour les retombées, elles ne sont pas moindres car la difficulté de vérifier l’exactitude des informations leur accorde a fortiori le bénéfice du doute. Ils bénéficient aussi d’un renom grandissant au fur et à mesure que leurs fakes news se diffusent sans compter les objectifs politiques ou économiques en jeu. Ces derniers, s’érigent même en lanceurs d’alertes défenseurs de la population. Les situations conflictuelles créées alimentent les débats sulfureux des partisans des camps adverses, ce qui permet aux fakes news de gagner de plus en plus de publics grâce aux partages et commentaires. Ce fut le cas pour les débats présidentiels en 2016 au pays de l’Oncle Sam entre pro-Trump et pro-Clinton ou  de la pandémie de 2020  où s’opposent par exemple les  pro-vaccins et anti-vaccins.  Le but est de peser sur l’opinion publique et de décrédibiliser le camp adverse. Rappelons également qu’à la différence des rumeurs, les auteurs des fake news sont identifiables et assument officiellement ce qu’ils diffusent.

Quid des pays africains ?

Bien que les données ci-dessus semblent concerner les démocraties occidentales, les pays africains, dont Madagascar, sont également compris dans le lot. La population étant à majorité jeune, les risques d’exposition aux fakes news sont assez grands. Le Net est naturellement à l’apanage de la génération 2.0. Et cela semble se confirmer car le cabinet PSB Research sort des résultats allant dans ce sens après une enquête menée en 2020. Ladite enquête a été menée auprès de 14 pays d’Afrique. Près de la moitié des jeunes serait impactée par les fake news alors que pour beaucoup, Internet constitue une des premières sources d’informations. Ce constat est alarmant car les taux de pénétration d’internet sont respectivement : Afrique Australe : 62% ; Afrique du Nord : 56% ; Afrique de l’Ouest : 42%, Afrique Centrale : 26%, Afrique de l’Est : 24%. Les populations d’Afrique sont fortement exposées et le « factchecking » (dispositif de contre-vérification des fausses informations) ne semble pas encore être à l’apanage des médias officiels et traditionnels du continent.

Henry Michel Andriambololona.

IEP MADAGASCAR

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