La pandémie bouleverse aussi les valeurs

A l’heure d’une citoyenneté mondiale reliée par une économie planétaire interdépendante et des problématiques universelles telles que les ressources, l’énergie…, on ne saurait envisager un monde cloisonné.

Et pourtant, en l’espace de quelques jours du 12 au 28 mars, du Guatemala à la Russie incluant Madagascar, des dizaines de pays de par le monde ont tour à tour fermé leurs frontières internationales. Cette mesure aura probablement limité mais n’aura cependant pas empêché la propagation du virus qui n’a épargné à ce jour que quelques rares îles et territoires.

Le danger sanitaire limite la liberté de circulation partout dans le monde

Bien que les mouvements migratoires aient été depuis ces dernières décennies au centre des préoccupations, et la gestion des frontières devenue une politique publique spécifique des pays d’accueil, aujourd’hui l’entrave à liberté de circulation concerne aussi la sortie du territoire. En effet, droit fondamental reconnu dans le droit universel des droits de l’homme, cette liberté est aujourd’hui freinée par la pandémie.

Bien que beaucoup se prêtent finalement volontairement à cette restriction pour leur propre sécurité, il existe des communes où ces entraves à la démocratie sont contestées notamment face aux mesures de confinement. Au 18 avril aux Etats- Unis, des centaines de manifestants ont revendiqué leur liberté de circulation contre les mesures de confinement mises en place par les gouverneurs dans des Etats comme le Texas ou le Maryland.

En fin mai, deux mois après le c l o i s o n n e m e n t quasi-planétaire, de nombreux ressortissants restent encore bloqués hors de leur pays. 148.000 français, 32.000 marocains, 30.000 sud-coréens, plus d’un millier de malgaches… En termes de droit de l’homme, la question se pose si la protection sanitaire d’une population justifie l’entrave à la liberté de rentrer chez soi voire le risque de grande vulnérabilité dans un pays étranger ? Et de l’autre point de vue, la liberté de ces émigrés justifie-t-elle de jouer la vie de toute une population ? Il est certain que les mesures de rapatriement doivent faire l’objet d’une stratégie d’accompagnement nécessitant des moyens que tous les pays n’ont malheureusement pas. Les rapatriements se font en effet souvent au frais des gouvernements, en Israël, le rapatriement est gratuit avec une mise en quarantaine stricte à l’arrivée, tout comme en Suisse, au Pérou les arrivants sont bloqués au sol…

Renversement de situation, les zones du Sud et rurales deviennent salutaires… pour un temps

Au début de la propagation mondiale de l’épidémie, les mouvements aux frontières véhiculent des images contrastées d’un « Salut » traditionnellement recherché dans les pays du nord réorienté vers les pays du sud. Au 26 mars alors que 80.000 cas sont déplorés aux Etats-Unis seulement 500 le sont au Mexique, ainsi le mur se franchit désormais dans l’autre sens ainsi que le rejet des immigrés. Les latino-américains qui tentent de rentrer chez eux et qui passent par le Mexique sont repoussés par les habitants qui craignent une contamination généralisée.

Dans les grandes villes, le même schéma de fuite se reproduit dans plusieurs régions, en Chine, en Inde, dans plusieurs pays d’Afrique et même en Europe, l’exode urbain fait place à l’exode rural, et beaucoup bravent même leur route, de centaines de km, à pied par faute de transport.

Les populations fuient le virus, mais en réalité beaucoup veulent rentrer chez eux même si les statistiques y sont plus défavorables que dans leur pays ou ville d’accueil, par motivation sociale et économique. En effet, hors de leur pays, les émigrés se retrouvent parfois sans famille, sans protection sociale, sans ressource. Mais le retour est compromis par la fermeture des frontières et même, des entrées de villages sont parfois barricadées contre les ressortissants des grandes villes.

« Des pancartes s’érigent : « villages fermés », des barricades se dressent (Nord de l’Inde) «

Regain de nationalisme

La lutte contre la pandémie est une guerre où l’ennemi est un virus porté par l’être humain, ce qui fait de chaque être un ennemi potentiel. Dans un comportement d’autodéfense naturel, les hommes se replient face à la menace des étrangers potentiellement porteurs du virus. Tous les pays se protègent en fermant leur frontière désignant d’office l’étranger comme une menace, le nationalisme s’installe naturellement chez les différentes populations en particulier un « nationalisme » « anti-asiatique », les premières frontières qui se ferment se font partiellement en fonction de la provenance. En février, les compagnies aériennes suspendent les vols venant de Chine : British Airways, les compagnies indonésiennes, birmanes, Air Austral… ainsi qu’Air Madagascar.

D’après un quotidien local, la communauté asiatique à New York a subi 105 attaques sur les mois de février à avril soit 100 fois de plus que l’année passée sur la même période. Ainsi, alors qu’en début d’épidémie, les ressortissants chinois sont les premières victimes de cette méfiance parfois déviée en xénophobie, en avril, les européens deviennent la nouvelle cible de nombreux pays qui bloquent ces ressortissants à l’entrée de leur territoire. Plusieurs pays d’Asie ont opté pour des fermetures sélectives envers les voyageurs originaires des pays d’Europe c’est le cas de Singapour, de l’Inde, du Vietnam mais aussi dans d’autres continents comme Israël ou les Etats-Unis.

La flambée des cas positifs et des décès en Europe et en Amérique du Nord effraie, en parallèle, la faible contamination du continent africain développe chez certains africains un sentiment de nationalisme, alors que pour une fois le continent semble la zone privilégiée du monde. Au 26 mai, on comptabilise plus de 5,5 millions de personnes ayant été infectées par le covid-19 parmi lesquelles moins de 120.000 en Afrique. Beaucoup de pays africains gardent dans un proche souvenir les traces de la colonisation qui les rendent aujourd’hui culturellement vulnérables…et cherchent dans ce nationalisme pourquoi pas un leitmotiv de promotion économique. L’identité régionale, nationale ou locale est revendiquée, c’est aussi une façon pour les pays fragiles de se reconstruire et de regagner espoir.

Le covid-19 devient « la maladie de la mondialisation »

Ainsi, le virus a mis en exergue les acteurs phares de la mondialisation mais également les zones marginalisées en particulier l’Afrique bonne dernière dans les statistiques de la pandémie.

Emanant de Chine, foyer des échanges internationaux, « atelier du monde », le virus a rapidement envahi le globe et au premier plan tous les centres de commandements du monde, les grandes villes, l’Europe, les Etats Unis. Au 21 mai selon les chiffres de l’OMS, le continent américain et le continent européen enregistrent ensemble plus de 4 millions de cas.

Ainsi, un des remèdes, du moins économique serait justement de réduire cette dépendance internationale qui fragilise son propre système économique dès lors que le pays partenaire est instable. Se répand ainsi aisément l’idée de promouvoir les industries locales ainsi qu’une remise en question des délocalisations. Au Japon, le gouvernement lance un programme d’aide aux entreprises nipponnes installées en Chine pour un déplacement de leurs usines au Japon, un programme de 2 milliards d’euros.

Communautés vulnérables… sans défense

Même si les fermetures des frontières, le ralentissement des échanges et des activités humaines en général ont quelque peu soulagé l’aspect environnemental, cette situation paralyse la société. Ainsi, alors que la FAO estime que « 820 millions de personnes souffraient de sous-alimentation avant la crise », selon la Banque mondiale « 40 à 60 millions de personnes supplémentaires basculeront dans l’extrême pauvreté au cours des prochains mois ».

Alors que l’Amérique Latine n’est touchée par le virus qu’un mois après l’Amérique du Nord (premier cas le 25 février au Brésil), au 31 mai, le continent du sud compte plus d’un million de cas le plaçant comme le nouvel épicentre mondial. L’inégalité des conditions de vie et de l’accès au soin aux Etats-Unis se lie directement sur la tendance des profils des victimes de la pandémie, comme en témoigne l’exemple de Chicago où 58% des décès sont issus de la communauté afro-américaine alors que celle-ci ne représente que 23% de la population de la ville. En Afrique, le haut de l’iceberg ne soulage pas les maux latents du continent que sont la pauvreté ou la famine ainsi que les multiples autres épidémies bien plus tueuses que le covid.

La contamination des populations v u l n é r a b l e s devient alarmante quant à la limitation de la crise et à la capacité de redressement de ces communautés. En Afrique, la résilience africaine va-t-elle permettre un choc tout au pire déjà connu précédemment ou la pandémie va-t-elle finalement creuser encore plus le retard économique et l’état de catastrophe sanitaire du continent. Aussi, dans cette protection sanitaire, ce virus risque-t-il d’entrainer un recul démocratique planétaire fragilisant les libertés individuelles ?

« Solidarité envers les migrants sans emploi en Thaïlande »

Néanmoins, face à l’appauvrissement des familles ou des travailleurs au chômage, partout dans le monde, de nombreux élans de solidarité s’animent construisant peut-être de nouvelles idéologies telles que le retour à une consommation modérée et le partage.

Nicole, encadreur

IEP MADAGASCAR

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